Freelance ou CDI : un choix qui va au-delà du salaire

De plus en plus de professionnels hésitent entre le salariat en CDI et le statut de freelance. La question est souvent posée en termes de revenus, mais la comparaison financière réelle est bien plus complexe qu'un simple rapprochement entre salaire net et TJM (Taux Journalier Moyen). Protection sociale, congés, retraite, stabilité : de nombreux paramètres entrent en jeu.

Pour une comparaison chiffrée, utilisez notre simulateur de TJM freelance et notre simulateur micro-entreprise.

Comparer les revenus : la base du calcul

Le salaire CDI : ce que vous percevez réellement

En CDI, votre rémunération comprend :

  • Salaire net : environ 78 % du salaire brut (après cotisations salariales)
  • Avantages en nature : mutuelle (50 % payée par l'employeur), titres-restaurant, transport (50 %), participation/intéressement
  • Congés payés : 25 jours ouvrés minimum (+ RTT selon les conventions)
  • Cotisations patronales : 25 à 42 % du brut supplémentaires, payées par l'employeur (vous n'en voyez pas la couleur mais elles financent votre protection sociale)

Le coût total employeur est bien supérieur au salaire brut : pour un brut de 4 000 euros mensuels, l'employeur débourse environ 5 400 à 5 800 euros.

Le revenu freelance : ce qui reste après charges

En freelance, votre chiffre d'affaires subit plusieurs prélèvements :

Statut Charges sociales Imposition Net approximatif
Micro-entreprise (BNC) 21,1 % du CA IR après abattement 34 % ~55-65 % du CA
EURL à l'IR ~45 % du résultat IR sur le résultat ~45-55 % du CA
SASU ~80 % du net (cotisations patronales + salariales) IR ou IS + dividendes ~45-55 % du CA

Comparez les structures avec notre simulateur EURL vs SASU.

Exemple de comparaison

Prenons un développeur web senior :

Élément CDI (Paris) Freelance (micro-entreprise)
Rémunération brute annuelle 55 000 € CA : 110 000 € (TJM 500 € × 220 j)
Cotisations sociales -12 650 € (salarié) -23 210 € (21,1 %)
Frais professionnels 0 € (pris en charge) -8 000 € (coworking, matériel, comptable)
Revenu imposable 42 350 € 72 600 € (après abattement 34 %)
Impôt sur le revenu (célibataire) ~5 800 € ~13 500 €
Net après impôt ~36 550 € ~65 290 €
Jours travaillés ~227 jours ~220 jours (si facturés)
Congés payés / vacances 25 jours payés + RTT 0 jour payé

Le freelance gagne presque le double en net, mais la comparaison n'est pas complète sans intégrer la protection sociale.

La protection sociale : le coût caché de l'indépendance

Santé et prévoyance

En CDI, votre employeur finance au moins 50 % de votre mutuelle et vous bénéficiez d'une prévoyance (maintien de salaire en cas d'arrêt maladie). En freelance, vous devez souscrire vous-même une mutuelle individuelle (100 à 200 euros/mois) et une prévoyance (100 à 300 euros/mois) pour un niveau de couverture équivalent.

Chômage

Le salarié en CDI cotise à l'assurance chômage et bénéficie de l'ARE en cas de licenciement ou de rupture conventionnelle. Le freelance n'a aucun droit au chômage (sauf cas spécifiques comme l'ATI - Allocation des Travailleurs Indépendants, très restrictive). C'est un risque majeur en période de ralentissement d'activité.

Retraite

La retraite est un point critique. En micro-entreprise, les cotisations retraite sont incluses dans les 21,1 % de charges, mais elles génèrent des droits à la retraite significativement inférieurs à ceux d'un salarié. Un freelance en micro-entreprise avec un CA de 70 000 euros acquiert environ 3 trimestres par an et des droits nettement inférieurs à ceux d'un salarié gagnant l'équivalent. Il est souvent nécessaire de compenser par une épargne retraite complémentaire (PER, assurance vie).

Congés maladie et maternité

En CDI, les arrêts maladie sont indemnisés (après un délai de carence de 3 jours, complété par l'employeur selon la convention). En freelance, les indemnités journalières existent mais sont beaucoup plus faibles et avec un délai de carence de 3 jours. Sans prévoyance complémentaire, un arrêt maladie prolongé peut être financièrement catastrophique.

Le portage salarial : le compromis

Le portage salarial permet de travailler comme indépendant tout en bénéficiant du statut de salarié. La société de portage facture vos clients, vous verse un salaire et gère l'administratif. En contrepartie, elle prélève une commission (7 à 12 % du CA).

Avantages du portage :

  • Protection sociale complète (chômage, retraite, mutuelle)
  • Pas de gestion administrative
  • Accès au crédit immobilier facilité (statut de salarié)

Inconvénients :

  • Commission de la société de portage (7 à 12 %)
  • Cotisations sociales de salarié (plus élevées qu'en micro-entreprise)
  • Revenu net inférieur à celui d'un freelance en direct

Simulez votre revenu en portage avec notre simulateur de portage salarial.

Les aspects non financiers

Avantages du CDI

  • Stabilité des revenus : salaire garanti chaque mois
  • Évolution de carrière : formation, promotion, management
  • Vie sociale : équipe, collègues, sentiment d'appartenance
  • Accès au crédit : les banques préfèrent les CDI pour les prêts immobiliers
  • Congés payés garantis : 5 semaines minimum + RTT

Avantages du freelance

  • Liberté totale : choix des missions, des clients, des horaires
  • Potentiel de revenus supérieur : pas de plafond, vous gagnez ce que vous facturez
  • Flexibilité géographique : travail à distance, nomadisme
  • Diversité des missions : variété des projets et des environnements
  • Optimisation fiscale : plus de leviers pour optimiser votre imposition

Quel statut choisir selon votre profil ?

Le CDI est préférable si vous valorisez la stabilité, souhaitez accéder à un crédit immobilier à court terme, avez besoin d'une protection sociale forte ou préférez ne pas gérer l'administratif. Le freelance convient si vous êtes autonome, avez un réseau suffisant pour trouver des missions, supportez l'incertitude et souhaitez maximiser vos revenus à court terme.

La transition CDI vers freelance peut aussi se faire progressivement, en commençant par du freelance en parallèle de votre CDI (dans le respect de votre clause d'exclusivité) pour tester le marché et constituer un premier portefeuille de clients.

Questions fréquentes

En règle générale, pour obtenir un revenu net équivalent à un CDI (en intégrant la protection sociale, les congés payés et la prévoyance), votre TJM freelance doit être environ 2 à 2,5 fois votre salaire journalier brut CDI. Par exemple, pour un salaire brut annuel de 50 000 euros (soit environ 230 euros/jour brut), il faut viser un TJM de 460 à 575 euros. Ce ratio tient compte des congés non payés, des charges sociales et de l'absence de chômage.

Oui, mais c'est plus difficile qu'en CDI. Les banques demandent généralement 2 à 3 ans de bilans comptables et se basent sur la moyenne des revenus déclarés. Un apport conséquent (20-30 %) est souvent nécessaire. Le portage salarial facilite l'accès au crédit grâce au statut de salarié. Certaines banques en ligne et néobanques sont plus ouvertes aux profils indépendants.

La micro-entreprise est idéale pour démarrer : simplicité administrative, charges proportionnelles au CA, pas de comptabilité complexe. Mais elle est plafonnée à 77 700 euros de CA (prestations de services) et ne permet pas de déduire les charges réelles. Au-delà, une EURL ou SASU offre plus d'optimisation mais impose une comptabilité complète. Le choix dépend de votre CA prévisionnel et de votre volonté de simplicité vs optimisation.

En principe non. L'ATI (Allocation des Travailleurs Indépendants) existe mais est très restrictive : elle nécessite une liquidation judiciaire et est limitée à 800 euros/mois pendant 6 mois. Si vous quittez un CDI pour devenir freelance via une rupture conventionnelle, vous pouvez toucher l'ARE tout en créant votre activité (cumul ARE + revenus indépendants). C'est souvent la meilleure stratégie de transition.

Sur 365 jours, retirez les week-ends (104 j), les jours fériés (8-10 j), les vacances (25-30 j), les jours de prospection commerciale et administratif (20-30 j), et les périodes sans mission (10-20 j). Résultat : 170 à 200 jours facturables par an est une estimation réaliste. Les freelances très demandés peuvent atteindre 210-220 jours, mais c'est à la limite du raisonnable pour éviter l'épuisement.

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